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Publié dans Vie associative
mars 26th, 2014

Un paysage associatif en mutation

La dernière étude Le paysage associatif français, réalisée sous la direction de Vivianne Tchernonog, met en évidence un certain nombre de phénomènes démontrant les profondes mutations en cours au sein du monde associatif.
L’enquête réalisée en 2011 et 2012 confirme par la statistique ce que nous savions déjà de manière empirique : une recomposition de la structure financière du projet associatif. Dans un entretien accordé au CIDES (Chorum Initiatives pour le Développement de l’Économie Sociale) à la fin de l’année 2013, Vivianne Tchernonog constate que le nombre des associations continue d’augmenter au rythme annuel de 2,8%. On pourrait s’en vanter si ce chiffre ne constituait pas également un révélateur de crise. En effet, la plupart de ces créations concernent des petites structures fonctionnant uniquement à partir de ressources bénévoles et sans financement public. Leur projet tourne autour d’enjeux extrêmement localisés et utilise les supports traditionnels que sont le sport, la culture ou la défense d’intérêts partagés. Ce dynamisme ascensionnel cache une réalité bien plus inattendue qui ressemble à s’y méprendre, aux pratiques du secteur marchand : des structures associatives déjà importantes par leur taille (nombre de salariés, budget) cherchant à grossir en absorbant des projets potentiellement concurrents sur le marché des politiques publiques. La concentration productive n’est donc pas qu’une affaire capitaliste. Le secteur non marchand privé, à partir d’un certain niveau de services, se comporte progressivement comme une entreprise. Cela concerne généralement les services sociaux ou de solidarité, courroie de transmission de la commande publique. Pour renforcer ce constat, l’étude confirme que ces dernières années les contributions des pouvoirs publics se sont globalement affaiblies, en dehors de celles des conseils généraux qui ont la charge des politiques sociales menées sur leur territoire. Ces collectivités délèguent ensuite la mise en œuvre opérationnelle d’une partie de leur politique aux associations, principalement du secteur médico-social (88,5% des prestations liées au handicap). Pour se faire une idée des enjeux financiers liés aux politiques sociales, il faut savoir que les dépenses d’aide sociale départementale en 2012 en France représentent près de 33 milliards d’euros (30 milliards pour la France continentale). Sur ce marché, organisé sous forme d’appels d’offres, les mouvements associatifs historiques du secteur doivent faire face à présent à l’intérêt grandissant de groupes économiques qui n’ont semble-t-il aucun désir de s’initier à la non lucrativité mais de satisfaire aux attentes de leurs actionnaires en matière de profits. A la question : «Quelles seront selon vous les évolutions à l’œuvre dans le secteur dans les prochaines années ?» Les acteurs associatifs du médico-social répondent à 15% pour l’absorption des petites structures par les plus grandes, à 31% pour le regroupement des opérateurs dans des logiques financières et d’optimisation de moyens et 23% pour le développement du travail en filières et en réseaux. Bien entendu ces fleurons de l’économie sociale et solidaire ne jouent pas dans la même cour que la grande majorité des associations. En difficulté pour trouver des moyens publics de subsistance, les petites structures n’ont d’autres choix que de recourir à l’autofinancement et, de façon plus marginale, à la générosité privée. Selon Vivianne Tchernonog, les usagers financent déjà 46% du budget associatif contre 4% pour le mécénat. Mais c’est probablement de ce côté qu’il va falloir creuser pour trouver les capacités pérennes à faire vivre des projets d’intérêt général dont les besoins ne cessent de croître mais dont l’attention collective décline.

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