0
octobre 15th, 2018

De la niaque et des bleus

J’ai écrit ce texte il y quelques mois pour commenter un post de Jacques Attali sur LinkedIn intitulé  « L’autre vainqueur de la coupe du monde : le grit ». L’économiste probablement le plus influent de France étaye la thèse selon laquelle le grit (la niaque) serait susceptible de compenser un manque de QI. Le sous-entendu adressé aux footballeurs tricolores est à peine masqué mais mon propos n’est pas polémique. Voyons plutôt comment nous pourrions positivement le détourner.

La niaque certes, mais tentons un modeste exercice de déconstruction pour voir dans quelle mesure ce succès serait (ou ne serait pas) modélisable et transposable bien au-delà du foot. La remise en cause, la résilience et l’intelligence collective constituent à mon avis les trois nœuds d’amarrage de la méthode Deschamps.

Depuis 1998 le foot français a produit beaucoup de vedettes qui brillaient à l’étranger mais qui avaient du mal a être aussi performants de manière constante en équipe nationale. Le premier travail de Deschamps et de son équipe technique a été de remettre tout le monde au même niveau : humilité sur le terrain, communication maîtrisée, chasse aux tacles verbaux. Et c’était réciproque. Le sélectionneur s’engageant dans la voie du « respect » en se démarquant progressivement des débordements de ses prédécesseurs.

Je dois avouer que le style Deschamps ne m’a pas convaincu tout de suite, plus confiant dans le profil prof de sports d’un Jacquet ou d’un Hidalgo. La première force de Deschamps est d’avoir compris que cela ne pouvait plus marcher comme avant, même avec les grandes compétences techniques d’un Domenech ou d’un Blanc. Il fallait changer le logiciel, le simplifier dans le langage mais le complexifier dans le jeu : être pragmatique, savoir configurer son jeu en fonction de l’adversaire pour accéder au succès. Et cela n’a pas été à la portée de toutes les équipes, n’est-ce pas ?

Mais comment faire face à l’hostilité et au manque de confiance manifestes qu’exprimaient les médias, et une grande majorité de Français, vis-à-vis de cette équipe incertaine ? Car une telle démobilisation aurait pu être une source de démotivation. Il a fallu prendre sur soi, faire le dos rond, ne pas répondre directement à la critique, voire, passer pour le dernier des imbéciles…heureux. Parce que ce stress ne devait pas avoir sa place aux vestiaires et encore moins sur le terrain. « Oté sa fey sonz sa… la rosé pran pa dési » dit-on à La Réunion.

Et ce groupe a enfin gagné le respect qu’il méritait parce qu’en son sein régnait le respect et la confiance mutuelle à tous les niveaux de l’organisation.

Pas de leader ? Tous leader ! Un capitaine intelligent et lucide, mais qui parfois fait une boulette. Il peut se le permettre car qu’il a la conviction que devant ça suivra toujours. La niaque oui, mais aussi une vision de soi et des autres inclusive qui ne demande qu’à inspirer d’autres volontaires.

Sommes-nous prêts ? La France est-elle prête pour rendre cette attitude durable ?

Et les croates dans tout ça ? J’aurais été très content aussi qu’ils gagnent cette Coupe du Monde. Mais leur jeu de quilles n’a pas marché face aux bleus : pas de remise en question, peu de résilience (mais plutôt ça passe ou ça casse) et aucune vision globale. Succès logique pour les bleus. Alors la méthode est-elle modélisable et transposable ? Nous avons désormais la balle au pied, à nous de jouer. Si vous ne savez pas comment faire, je vous recommande la lecture de L’art de la niaque, mais vous pouvez aussi nous demander conseil.

Pour celles et ceux qui s’interrogent sur le regard perplexe de l’enfant qui illustre l’entête de cet article, il ne s’agit pas de Kylian Mbappé, mais c’est encore une histoire de foot, que j’ai trouvée ici.

Commentaires et avis